Critères d'analyse et de décision

 

Résumé

l'analyse complexe est un outil d'aide à la décision. Le critère d'analyse qui conduira à prendre des décisions est la complexité. La complexité est le capital d'un système qui lui permet de se développer dans le long terme. Dans ce sens le développement correspond à la capacité d'un système à survivre de manière de moins en moins précaire dans un environnement en perpétuel changement. Il n'est pas tenu compte d'un état de bien être souvent relatifs à des valeurs et pratiques culturels et qui caractérise encore trop souvent le développement moderne, mais bien de la capacité à des individus biologiques, des systèmes sociaux de survivre en construisant une certaine permanance et continuité dans la dynamiques du système. Quand bien même les éléments changent, les valeurs se transforment, la dynamique est conservée.

Critères d'analyse; la durabilité

Le texte ci-dessous est tiré d'une étude sur le commerce équitable (Kocher, La complexité, un idicateur de développement, IUED, Genève).

".... A la question sur la validité du critère de durabilité du commerce, Patrice Meyer-Bisch répond , dans sa contribution à l'ouvrage sur le commerce durable, qu'étant un bon indicateur de complexité, c'est un bon indicateur de développement. La durabilité, comprise dans ce sens, correspond à la permanence des systèmes écologiques, humains et sociaux. Il ne s'agit donc pas de la permanence d'une relation d'échange, d'une relation hiérarchique, d'une filière ou d'un acteur, ni d'ailleurs de la permanence des objets, des idées ou des valeurs sociales .

La durabilité comprise comme un concept dialectique qui s'oppose à la flexibilité détruit la complexité (politique de cartellisation, fidélisation, captage de la clientèle) et produit la précarité . La durabilité doit être comprise comme un critère synthétique recouvrant la protection de toutes les dimensions du capital que l'on veut développer. Les systèmes sociaux ont à la fois tendance à une évolution entropique et à une évolution complexe. La durabilité est un critère qui permet de caractériser le rapport entre ces deux évolutions à la fois opposées et complémentaires. La durabilité doit donc être comprise sur le long terme car il est évident que des systèmes peu complexes, des machines par exemples, sont plus performantes sur le court terme, mais sans capacité à évoluer, ni à s'adapter à un environnement changeant.

La durabilité est un indicateur d'équilibre dynamique capable, non seulement de préserver les richesses sociales et écologiques (non-nocivité pour les générations futurs), mais surtout de développer ces capitaux (économique, culturel, politique et sociale) afin d'augmenter le potentiel d'action. La finalité d'un système, selon Emmanuel N'Dione , importe moins que ce qu'elle permet d'apprendre aux acteurs. La dynamique interne d'un projet, d'une entreprise est plus importante que sa finalité.

La durabilité du commerce renvoie à un sens, à une norme sociale de complexité : l'obligation d'intégrer entre eux les domaines sociaux. Dans le système des droits de l'homme, l'indivisibilité des droits humains implique l'interaction entre : Droits civils et politiques ; gouvernance, démocratie Droits économiques ; liberté du commerce, droit à la propriété Droits sociaux ; sécurité alimentaire et sociale, santé, travail, environnement Droits culturels ; identité, patrimoine

En résumé, la durabilité est choisie comme critère pour caractériser le développement, non dans son sens statique (croissance de la production et de la consommation ), mais dans le sens où elle assure la continuité des processus dynamiques d'évolution. La complexité peut être un indicateur de cette durabilité. La complexité est à la fois le développement des capitaux dans les domaines sociaux définit ci-dessus et un équilibre (déséquilibre) entre ces domaines à la fois complémentaires et antagonistes

Indicateurs; la complexité

La théorie de la complexité a d'abord été formulée en physique, puis développée en biologie et en sciences sociales. Les systèmes physiques, les systèmes vivants, comme les systèmes sociaux, évoluent vers une frontière située entre l'ordre et le désordre (le chaos), entre l'identité et la diversité . Ces états sont caractérisés par des attracteurs plus ou moins stables définissant des structures physiques, des biotopes ou des systèmes sociaux . Les systèmes s'auto-organisent , ainsi par leurs capacités interne à apprendre (se reproduire), à se transformer, à dominer et à collaborer. Cette évolution procure des capacités de survie au système (adaptabilité, anticipation, domination de l'environnement), donc de durabilité qui correspondent à une évolution vers une complexité croissante.

En plus des nombreuses observations concernant des systèmes naturels (de l'avalanche d'un tas de sable à l'émergence d'une révolution sociale), des simulations numériques (J. Holland ) font apparaître des systèmes évolutifs dans lesquels des stratégies de mimétisme (R), de spécialisation (D), de coopération active (L) et de tromperie (H) son clairement identifiées . Le jeu de la vie , est une simulation faisant également apparaître des caractéristiques complexes.

S'il n'est plus nécessaire de prouver la réalité de la complexité en tant qu'indicateur permettant de définir la capacité d'un système à évoluer, à s'auto-organiser, le contenu précis de ce concept et donc la méthode de mesure de la complexité reste floue. Le degré de complexité (complexité algorithmique) pourrait correspondre à la taille de la description minimum d'un système. C'est de cette manière que l'on cherche à comparer la complexité des systèmes experts. Plus on souhaite prévoir à long terme, plus la quantité d'information s'accroît, de sorte que les systèmes les plus performants, ceux qui ont une durabilité élevée sont les plus complexes. Sans proposer de système de mesure précis, Meyer-Bisch estime que le facteur principal est la diversité interactive. La flexibilité est proportionnelle au nombre et à la richesse de ses connexions.

Stephen Wolfram, Edward Fredklin et Seth Llord , des scientifiques de renons quoique contestés dans leurs idées unificatrices, poussent à la limite de la raison les idées développées par leurs pairs, concernant les automates cellulaires. En classifiant systématiquement les algorithmes, à la manière des systématiciens, ils recherchent à remonter à l'information la plus simple qui puisse engendrer les formes complexes que l'on connaît. L'aspect discret des grandeurs de la nature autorise (les interactions sont quantifiées de manières discrètes) cette approche sur un modèle informatique. S. Llord pense qu'un programme en quatre lignes pourrait animer la logique évolutive des systèmes. Sans valider ces idées aveuglément, ni généraliser de manière abusive l'approche que propose la comptabilité complexe que nous allons développer dans la suite de ce travail, nous pensons que les quatre opérateur utilisés permettent une description très générale de la complexité.

Repartant de la définition de la complexité, système "qui contient plusieurs éléments différents et combinés d'une manière qui n'est pas immédiatement clair pour l'esprit" ,nous pouvons tirer quelques propriétés de la complexité :

"qui contient": notion qui fait appel à un tout (système) qui est délimité et qui renferme quelque chose, des éléments. Ce qui caractérise ce tout, c'est le lien entre les éléments et le non-lien d'avec les éléments extérieurs au système (rupture, frontière). Nous appelons liaison (L) l'action de produire ce lien.

"plusieurs éléments" L'objet étudié, que nous appelons système lorsqu'il possède certaines propriétés, est composé de plusieurs éléments. Chaque élément (Larousse) concourant avec les autres à la formation d'un tout. Il y a donc une Identité commune entre les éléments, puisqu'il y a un objectif commun, celui du système (ses productions pour son environnement justifie sa présence, puisqu'il y a échange entre l'environnement et le système), auxquels chacun participe. Nous appelons reproduction (R) l'action de produire cette identité.

"éléments différents" Les éléments sont différents, spécialisés les uns par rapport aux autres. On appelle Différenciation (D) l'action de produire de la différence.

"éléments combinés" Combiner c'est disposer dans un certain ordre, assembler (Larousse). C'est aussi organiser les éléments entre eux. Nous appelons plus généralement Hiérarchiser (H) l'action d'organiser.

Moins le système est "immédiatement clair pour l'esprit" plus il est complexe. Par ailleurs, les quatre caractéristiques que nous venons de décrire en les déduisant de la définition, qualifie la complexité de manière quantitative. Ainsi, plus les éléments du système sont liés (dépendance entre eux), plus le système est complexe. Plus il y a d'éléments et plus ils sont semblables, plus l'identité est forte et plus le système est complexe. Plus les éléments sont différents, plus le système est complexe. Enfin, plus les éléments sont hiérarchisés, plus le système est complexe. De cette manière, la complexité peut être définie, de manière statique, comme la composition, éventuellement le produit, de ces quatre composantes.

Complexité = lien x Identité x différence x hiérarchie

Notons que ces caractéristiques sont à la fois complémentaires et antagonistes, de sorte qu'elles sont co-dépendantes. La maximisation de la complexité passe donc par l'optimisation de l'équilibre entre les caractéristiques pour ce qui est de la mesure statique. En revanche, pour la dynamique évolutive, qui est basée non sur l'équilibre, mais sur un certain déséquilibre de ces caractéristiques qui engendrent une réaction en chaîne vers la complexité.

Nous rejoignons avec cette définition la notion de diversité interactive, de richesse de connexion, et d'attracteurs en zone frontière (chaos et ordre, identité et diversité) . A la fois nous intégrons une notion quantitative de capital lié à l'état du système du pour chaque type d'interaction et une notion d'équilibre (déséquilibre) entre les capitaux, qui peut correspondre au capital des capitaux, c'est-à-dire à leur capacité à évoluer dans le sens d'une croissance. La complexité est la mesure de cette capacité. D'un point de vue statique, chaque élément d'un systèmes peut être caractérisé par rapport à la position qu'il occupe dans chaque un des quatre p�le, c'est-à-dire au capital qu'il possède. Précisons que tous les systèmes experts peuvent être décrit au moyen de ces quatre opérateurs. ...

... Toute évolution complexe implique une augmentation entropique à travers les structures dissipatives que sont les systèmes. Ainsi, la globalisation, complexification des macrostructures sociales, se fait inéluctablement au dépens de la complexité des microstructures sociales. Les systèmes vivants consomment la complexité (énergie et matière concentrée) physique de la nature. Les systèmes sociaux humains consomment la complexité biologique et la complexité physique. Les systèmes dominant consomment la complexité des systèmes dominés. Il existe une cascade de réaction, de sorte que chaque système se nourrit de la complexité des systèmes inférieurs. Même si les capitaux diminuent par la diminution de stocks, la complexité peut rester élevée. Il n'en reste pas moins que l'étude du développement doit intégrer dans son analyse à la fois la complexité qui est un capital potentiel et le capital proprement dit qui est une valeur actuelle....

... L'étique la plus généralement acceptée considère que l'élément le plus important dans la chaîne complexe est l'homme. Tout se ramène à son bien être, à ses droits individuels, à ses devoirs. Pourtant l'homme n'est homme qu'à travers sa socialisation, qu'à travers le groupe qui lui donne sa conscience d'un être social. Le groupe est plus complexe que l'individu et en cela, il le détermine. Dans le discours, l'homme en tant qu'individu prime sur le groupe dans le sens ou le groupe existe pour fournir à l'homme individuel le meilleur cadre de vie possible. Dans la réalité, le groupe est prioritaire sur l'individu (lois, obligations, sanctions,...) car il cherche à survivre même aux dépens des individus (guerre). L'éthique recentre toujours le développement sur l'individu, ce dernier étant considéré comme l'aboutissement ultime du développement (approche religieuse). La raison de cette centration éthique sur l'homme est que le dernier niveaux complexes, le niveau psycho-spirituel, est ancré sur l'homme, individu social et non pas sur des systèmes sociaux. "